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ANALYSE DU DOSSIER MÉDICAL DE L'ENFANT ADOPTÉ
Cette consultation professionnelle permet de faire analyser une proposition d'enfant en préadoption, de guider les postulants et de mieux les outiller dans leur prise de décision.
PHOTO: LMEA Évaluation médicale, Fédé. de Russie 1999
L'évaluation médicale préadoptive est un des services spécialisés que nous offrons aux parents. Cette consultation professionnelle permet de faire analyser une proposition d'enfant en préadoption, de guider les postulants et de mieux les outiller dans leur prise de décision. L'évaluation préadoptive nous apparaît comme une étape essentielle pour l'accueil plus éclairé de l'enfant dans sa famille adoptive, d'autant plus importante en présence des propositions d'enfants dites "à besoin spéciaux".
Nous recevons chaque semaine plusieurs demandes d’évaluations médicales des parents du Québec, du Canada et de l'Europe, des parents ayant reçu d’un pays d’origine ou de leurs organismes (œuvres) d’adoption une proposition d’enfant destinée à combler leur projet de vie par l’adoption. Parfois les informations sont sommaires, parfois elles sont détaillées, selon le pays d'origine et le contexte de la démarche.
Votre réseau
Nous conseillons d’abord à ces parents d’obtenir un avis professionnel auprès de leur médecin de famille, de leur pédiatre ou d’une ressource compétente en enfance internationale ou en adoption. Cet avis ne servira pas à déterminer si l’enfant est "bon" ou "mauvais", mais simplement à mieux apparenter leurs capacités parentales à des attentes parentales réalistes par rapport aux particularités de l’enfant abandonné, dans le respect de son intégrité physique, intellectuelle, identitaire et morale.
De bonnes connaissances générales des parents en matière d'adoption sont évidemment un atout essentiel à la bonne compréhension de la proposition. Ces enseignements s'obtiennent par des lectures sur le WEB, par jumelage avec des familles adoptves, en assistant à des conferences ou à des cours en préadoption par des professionnels de l'enfance, aussi en contactant les principales associations de parents adoptants, et notamment au Québec, l'Associationfamilles Québec-Asie (AFQA), la Fédération des parents adoptants du Québec (FPAQ) et, en France, Enfances et familles d'adoption (EFA).
Notre disponibilité
Si le réseau professionnel n’est pas disponible pour conseiller et encadrer ces parents en pré-adoption, nous les informons que nous sommes disposés à évaluer ces propositions et nous établissons avec eux les modalités de cette évaluation.
La proposition d’enfant (documentation écrite et documentation visuelle) peut ensuite être acheminée par la poste ou par courriel à Le monde est ailleurs. Un dossier administratif, puis un dossier médical sont ouverts.
La proposition d’enfant est d’abord analysée par le Dr Jean-François Chicoine ou l'un de ses confrères, avec la collaboration de son réseau de professionnels selon les spécificités du dossier.
Un rendez-vous téléphonique est ensuite fixé. Les parents peuvent alors poser leurs questions générales ou spécifiques sur l’état nutritionnel, la croissance, les infections, le développement psychoaffectif, moteur, cognitif et adaptatif de l’enfant à adopter. En fonction des documents disponibles et des pays d’origine, les analyses de laboratoire et les radiographies disponibles sont également discutées.
Acheminer votre demande
Pour une demande d'analyse du dossier médicale de l'enfant, veuillez communiquer avec Mme Julie Leblanc à l'adresse suivante :
PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L’INTERVENTION MÉDICALE AVANT L'ADOPTION
Adapté de « L’enfant adopté dans le monde (en quinze chapitres et demi) » de Jean-François Chicoine, Patricia Germain et Johanne Lemieux aux Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, Montréal (Québec) Canada, 2003
Dans les années 1990, peu de parents en processus d’adoption consultaient un médecin pour lui demander son avis sur la santé de l’enfant à adopter et sur les dispositions familiales à prévoir pour mieux répondre à ses besoins et à ses droits. Mais de plus en plus d’entre eux souhaitent maintenant le faire. De fait, on note que la demande des parents en attente d’enfant pour des consultations médicales avant l’adoption est à la hausse, partout en Europe et en Amérique du Nord. C’est souhaitable et attendu, d’autant que de plus en plus d’enfants prématurés, âgés ou porteurs de handicaps sont dorénavant proposés aux adoptions nationales et internationales. Pour chacun de ces enfants, il faut trouver une famille, non seulement disposée à adopter et compétente, mais également une famille capable de prendre en charge UN enfant en particulier.
En aucun cas le parent adoptant ne devrait être contraint de faire de sa démarche un processus essentiellement caritatif qui, sous prétexte de grandeur d’âme, le priverait de professionnels de la santé aptes à le conseiller et à prendre en charge les délicates questions susceptibles de survenir à tout instant. L’adoption n’est pas un acte humanitaire, c’est un humanisme porteur pour l’enfant et ses parents adoptifs.
En Europe, les œuvres d’adoption et les professionnels de la santé ont longtemps hésité à emboîter le pas, prétextant que l’accueil de l’enfant devait être comme un don de soi à l’autre et que, peu importe la maladie, anticipée ou découverte a posteriori, le parent adoptant agréé devait accepter la différence. Le postulat européen a longtemps prétendu, non sans raison, qu’une évaluation sous toutes ses coutures d’un candidat à l’adoption procédait plus de la consommation que de l’ouverture parentale. Aux États-Unis, une toute autre attitude aura mené au meilleur de l’apparentement comme aux pires abus de marketing d’enfants. Soulignons le meilleur : les évaluations médicales nord-américaines des examens physiques et de laboratoire effectués à l’étranger auront heureusement permis non seulement d’éclairer des familles adoptantes sur la teneur de leur projet de vie familial, mais également permis de prévoir une guidance appropriée de la prise en charge des particularités physiques et mentales de l’enfant à accueillir. Par exemple, il faut prévoir ici l’intervention du physiothérapeute, là celle de l’orthophoniste, ou peut-être encore faut-il songer à déménager pour permettre l’accès à un centre de soins ultra-spécialisés.
En recentrant l’intérêt de l’évaluation médicale en préadoption sur le point de vue de l’enfant plutôt que sur celui de ses parents, il devient possible alors de contourner judicieusement les impasses morales ou immorales. Il suffit de se rendre compte qu’une évaluation médicale précoce permet l’adoption de candidats qui, autrement, en raison de leurs différents antécédents, n’auraient pas passé le test à l’immigration ou au sein de leur famille potentielle : par exemple, un enfant atteint d’une infection tuberculeuse moins contagieuse qu’il n’y paraît au départ, d’une maladie cardiaque finalement facilement opérable ou encore d’un trouble de comportement envisagé comme un défi par des adoptants éducateurs qui sont outillés pour intervenir positivement dans ce cas. L’évaluation médicale se situe alors dans une sorte de continuum souhaitable avec l’évaluation psychosociale (agrément) antérieurement réalisée.
L’évaluation médicale en préadoption permet aussi d’éviter des échecs prévisibles, en permettant à des enfants autistiques ou présentant des troubles d’opposition, quasiment impossibles à prendre en charge en dehors d’un cadre institutionnel, de continuer à grandir dans leur patrie d’origine, de ne pas tout perdre en quelque sorte, ce qui est leur droit le plus fondamental
Si, à l’étude de foyers réalisée par des psychologues ou des travailleurs sociaux, selon les lois des pays d’accueil prévues à cet effet, on ajoute des nouvelles informations sur la santé des orphelins dans les pays d’origine, cela éclaire souvent de réalisme le projet d’adoption des familles venues consulter le médecin : risque relatif de VIH/SIDA au Cambodge, risque du syndrome d’alcoolisation fœtale en Russie, risque de trouble d’attachement lorsqu’il est question d’adopter un grand enfant.
Par ailleurs, l’évaluation particulière d’un candidat à l’adoption à partir d’une documentation médicale écrite, de photos ou de vidéos, s’avère beaucoup plus périlleuse et subtile à réaliser que la simple transmission de connaissances sur le profil géographique de telle ou telle maladie. Il est généralement préférable que cette évaluation se fasse auprès d’un pédiatre expérimenté en adoption internationale.
La notion de risque
On se doute que le rôle du médecin consulté en préadoption ne consiste pas à révéler si l’enfant est bon ou mauvais, mais bien à souligner les meilleurs et les pires scénarios à envisager pour votre famille et à mettre de l’avant vos propres capacités de prendre en charge les points mis en lumière par le dossier médical : par exemple, l’hépatite B, la fente labio-palatine ou un retard développemental de modéré à sévère. Dans un même état d’esprit, il faut réaliser que l’évaluation de la documentation concernant votre enfant potentiel ne devrait en aucun cas être confondue avec la démarche diagnostique qui accompagne l’examen traditionnel. Cette consultation n’est pas événementielle, elle n’a d’autre but que d’ouvrir des pistes, tantôt rassurantes, tantôt inquiétantes. On en appelle ici à la notion de risque. En opposition avec le caractère réel de l’événement, la notion de risque permet d’avancer l’éventualité que certains faits et gestes surviennent, advenant l’adoption par votre famille de l’enfant proposé dans la documentation. Nos sociétés contemporaines ont horreur des risques. Il ne s’agit pourtant pas de les nier, plutôt de les maitriser avec tout ce qui est humainement et scientifiquement possible à mettre de l’avant.
Les risques reliés à l’institutionnalisation
Si la mère biologique n’avait pas eu de problèmes, elle aurait gardé son bébé pour elle. Si l’institution était un milieu de vie épanouissant pour l’enfant, on l’aurait certainement laissé grandir là. En fait, si l’enfant est ultimement confié à l’adoption internationale, c’est parce que sa situation est mauvaise ou pas idéale. Le parent adoptant ne doit donc pas se surprendre de constater que le passage de l’enfant d’un continent à l’autre lui permet également de transporter dans son bagage cérébral tout un passé de souffrances plus ou moins prégnantes et ce, peu importe l’évaluation de son dossier médical en préadoption. La qualité des soins n’est pas nécessairement en cause. Le risque auquel on fait ici référence est inhérent à l’abandon et à ses conséquences institutionnelles plus ou moins directes: la faim, le froid, les cris, l’air vicié, la solitude, la dépression et tout le reste. Quoi qu’on y fasse, le passé pourra toujours avoir des effets sur l’état de santé de l’enfant. Cela est incontournable et n’empêche pas, dans plusieurs cas de figure, la résilience, le remodelage cérébral, la prise de poids et ainsi de suite. Tous les enfants adoptés vont demeurer blessés, mais tous ne seront pas fracturés.
Les risques reliés au dépistage diagnostique
Les risques qu’un enfant soit porteur de telle ou telle maladie sont tributaires d’une série de facteurs qui vont de la géographie aux circonstances de son abandon. À cause de la fréquence de la maladie dans son pays d’origine, un enfant adopté au Mexique, par exemple, risque moins de souffrir d’une hépatite B qu’un autre adopté au Vietnam. À cause des circonstances de la vie, un enfant qui a perdu ses parents de manière accidentelle risque moins de souffrir d’un trouble d’attachement que celui qui n’aura jamais connu de figure aimante. Ces réalités mises à part, le parent qui adopte doit se rendre compte que plusieurs diagnostics handicapants pour l’avenir de l’enfant ne peuvent être faits qu’à des âges plus avancés, souvent même bien après l’arrivée dans le pays d’accueil. L’évaluation médicale en pré-adoption n’est pas un acte divinatoire, c’est un exercice professionnel servant à identifier certains problèmes, mais pas tous les dangers que court un être humain.
Les risques reliés au poids de naissance
De tous les risques capables d’influencer le destin d’un enfant adopté, il en est un qui est partagé par tous les enfants du monde: c’est celui du poids de naissance. Un nouveau-né ayant vu le jour à Alger ou à Stockholm est petit parce qu’il est né avant terme ou parce que sa maman et lui ont été mal nourris au cours de la grossesse ou pour ces différentes raisons. Plusieurs des problèmes attribués à l’abandon et à la carence en soins et en affection sont en fait tributaires d’une seule et même réalité: le poids à la naissance. Si l’enfant est frêle, s’il présente un jour un déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, s’il souffre à l’école de dyslexie, ce sera avant tout à cause de son trop petit poids à la naissance. On le dit trop peu: choisir d’adopter, c’est en quelque sorte courir le risque de devenir délibérément parent d’un enfant prématuré ou de petit poids.
Les risques reliés à la documentation
De toutes les évaluations en pré-adoption, ce sont celles d’Europe de l’Est qui, selon notre expérience, demandent le plus de travail aux équipes professionnelles consultées. De fait, les dossiers antérieurs y contiennent toute une terminologie nosologique inhabituelle pour le médecin occidental: “oligophrenia”, “disbacteriosis”, “hydrocephalic syndrome”, “dysembryogenesis”.Les parents et des consultants moins expérimentés peuvent s’inquiéter à tort et bien inutilement. À la lecture du dossier écrit, sur les photographies ou au visionnement de la vidéocassette, des feux rouges (Ex. : abus d’alcool chez la mère biologique, qualité de jeu anormale) ou verts (bon développement du langage) sont possibles à mettre en relief.
Les risques reliés aux particularités
De Chine, du Vietnam, du Kazakhstan, d’Ukraine, des enfants sont proposés à des familles avec des risques particuliers qui nécessitent absolument une guidance médicale. On pense par exemple aux cardiopathies, aux enfants albinos, aux enfants qui nécessiteront urgemment une chirurgie plastique ou générale. Tous les bons parents adoptants ne peuvent pas prendre en charge les besoins énormes de ces enfants, mais plusieurs parents le peuvent. Un système de classification respectant les besoins des enfants et les attentes des parents est proposé selon un arbre décisionnel.
L'EXCEPTION CHINOISE
LA LISTE D'ENFANTS DITS "À BESOIN SPÉCIAUX" / DITE "LA VOIE RAPIDE / FAST TRACK"
Par Jean-Francois Chicoine, pédiatre, CHU Sainte-Justine/ LMEA juin 2100
L’adoption d’enfants à besoins spéciaux en provenance de la Chine, la « réservation » d’un candidat à l’adoption à partir d’une liste commune partagée sur Internet par différents organismes d’adoption, la réponse rapide attendue des futurs adoptants dans un délai de 72 heures, et ce, dans un contexte ou l’apparentement d’enfants devrait pourtant se faire avec énormément de tac et de subtilité, bref, cette situation de fait impose aux sociétés d’accueil une façon chinoise de faire qui est en porte à faux avec l’éthique médico-sociale propre à l’adoption et à la pédiatrie familiale occidentale.
Pour les parents forcés à respecter la démarche, il devient alors essentiel de prévoir à l’avance le besoin éventuel d’une évaluation de projet de vie en un temps record auprès de leur médecin de famille, par exemple. Pour ce faire, les adoptants éventuels sont donc invités à se préparer administrativement et humainement à l’avance, voire à consulter une autorité médico-sociale spécialisée pour discuter de leurs attentes et de leurs limites face aux handicaps qu’ils se sentent aptes à délibérément choisir.
La pédiatrie de comptoir
De plus en plus de décisions d’adopter tel ou tel enfant chinois se font dorénavant, et malheureusement, au hasard d’une rencontre, dans un couloir d’hôpital ou entre deux appels, sans que soit jauger les capacités parentales à s’occuper de tel enfant, sans possibilité de rencontres avec des tiers parents déjà forgés à des enfants porteurs de maladies apparentées, sans même que soient appréciées les composantes plus objectives du dossier, notamment le poids de naissance, le périmètre crânien ou les composantes développementales transmises à l’examen effectué par les autorités chinoises.
Selon nos disponibilités, la préparation des parents à l’adoption, le type de besoin spécial à encadrer, il nous est parfois possible d’accompagner les parents dans « l’urgence adoptive » exigée par les autorités chinoises. Nous faisons "avec", mais non sans modulations et exigences. De fait, cette consultation médicale préadoptive n’est pas toujours jouable en raison des délais inhumains exigés par la Chine, en raison de nos disponibilités, parce que les documents fournis sont prérimés ( ex. l'enfant a été examiné il y a plus de 6 mois) et en raison de l’imaginaire et des attentes parentales plus ou moins bien arrimées à tel ou tel handicap de l’enfant. Car attention: bien parenter un enfant à besoins spéciaux est tres different de pouvoir l'adopter plus vite parce qu'il a des besoins spéciaux.
Comme citoyens de leur pays d’origine, les chinois sont en mesure d’exiger ce qu’ils attendent de leurs enfants. Comme pays d’accueil, nous sommes en mesure d’apparenter, d’encadrer et d’avoir des attentes pour nos enfants et nos familles. J'invite les associations famililes à revendiquer ce droit.
