Notre expertise
EXPERTISE EN PRÉVENTION
EXPERTISE EN ÉDUCATION POUR LA SANTÉ
Photo LMEA: La bouche en raisins,2008
Les sujets qui concernent la prévention, l'éducation à la santé et des droits humains ainsi que tous les projets pertinents d’éducation pour la santé sont du champ d’expertise et d’intervention de Le monde est ailleurs.
Selon les besoins identifiés, nos experts en contenu ou en communication interviennent du concept à la livraison.
CONCEPTION, RECHERCHE, RÉDACTION ÉLECTRONIQUE
PREVENTION & ACTIVITÉ PHYSIQUE
EXEMPLE CHOISI (2008) : : SERVICE VIE / TRANSCONTINENTAL, QC, CAN
La préparation alimentaire d’un sport d’endurance: la surcharge en glycogène
Par Natalie Lacombe, nutritionniste du sport
Avec Le monde est ailleurs
Servicevie.com, Québec, Canada
Dernière révision : 15 janvier 2008
Avant un marathon, les athlètes doivent remplir à pleine capacité leur réservoir d’énergie musculaire. Même les sportifs qui prévoient des performances plus humbles pourraient bénéficier de cette préparation : la surcharge en glycogène.
Pour bien recharger sa batterie, mieux vaut d’abord la vider : c’est comme un téléphone cellulaire.
3 jours avant l’épreuve
Ainsi, trois jours avant l’épreuve, on épuise ses réserves de glycogène musculaire en faisant un entraînement long et intense comme courir, skier ou pédaler à haute intensité pendant 90 à 120 minutes. Tout de suite après, on consomme 1 g de glucides par kg de poids corporel, à toutes les heures. Pas de panique ! Un exemple suit ce paragraphe… Idéalement, on brise la dose en deux et on en prend la moitié à chaque demi-heure. On suit cette prescription dès la minute qui suit la fin de l’entraînement et pendant les quatre heures qui suivent. Ouf ! Voici l’exemple pour démêler tout ça.
Vous êtes un triathlète de 70 kilos
L‘image vous plait ? Alors allons-y.
Ça fait deux heures que vous courez, il est 10 heures. Stop ! On mange : le protocole commence dès maintenant.
Vous devez boire ou manger tout de suite 35 g de glucides, puis recommencer à toutes les demi-heures pendant 4 heures : à 10 h 30, 11 h, 11 h 30, 12 h, 12 h 30, 13 h, 13 h 30 et 14 h. Vous aurez alors consommé un total de 315 g de glucides. Le tableau qui suit propose un choix d’aliments glucidiques.
Quelques aliments riches en glucides
Aliments |
Glucides |
80 ml (1/3 tasse) de pâtes alimentaires, couscous, riz, cuits |
15 g |
1 tranche de pain (30 g) |
15 g |
½ petit bagel, ½ muffin anglais, ½ pita |
15 g |
125 ml (1/2 tasse) de jus ou de fruits en conserve |
15 g |
1 fruit moyen |
15 g |
15 ml (1 c. à soupe) de sucre, sirop, miel, mélasse, confitures |
15 g |
30 ml (2 c. à soupe) de raisins ou canneberges séchés |
15 g |
2 dattes, 2 figues ou 3 pruneaux séchés |
15 g |
250 ml (1 tasse) de lait ou boisson de soja |
12 g |
125 ml (1/2 tasse) de légumes |
5 g |
Truc
Comme la régularité est importante, il serait bon de programmer sa montre ou son ordinateur pour une sonnerie à toutes les demi-heures!
Au cours de cette première de journée de préparation, en plus de toutes ces collations, vous devez aussi prendre vos trois repas équilibrés contenant des protéines et peu de gras. On vise un apport total 10 g de glucides par kg de poids corporel. Dans l’exemple du triathlète, il lui faut 700 g de glucides pour la journée. Il en a déjà consommé 315 g au cours des 4 heures qui ont suivi son entraînement. Il lui reste donc 385 g de glucides à consommer à travers ses repas.
Deux jours avant l’épreuve
Il faut du repos et une alimentation riche en glucides. Il suffit de prendre trois repas équilibrés et des collations. On choisit des aliments faibles en gras, riches en glucides et on prend une bonne source de protéines (viandes maigres, volailles sans la peau, poissons, légumineuses, tofu, œufs) à chacun des repas. On ne coupe pas sur le sel qui est important pendant l’effort, et on boit beaucoup.
La veille de l’épreuve
Repos complet et glucides en abondance. On reprend le modèle alimentaire précédent et on se détend. Il est préférable d’éviter l’alcool la veille d’une compétition importante.
Le matin même de l’épreuve
Avec une bonne préparation, on se réveille avec des réserves de glycogène musculaire bien remplies. Mais tous ces efforts n’auront servi à rien si on n’arrive pas à recharger le réservoir de sucre dans le foie. Le hic, c’est que celui-là ne peut pas être rempli à l’avance. Il faut donc savoir quoi manger avant l’effort dans les heures qui précèdent la compétition.
Le lendemain de l’épreuve
Vous êtes déjà sur la plage à Hawaï avec l’argent que vous touché en gagnant l’épreuve d’hier. Bonnes vacances!
SOURCES
Burke, L. Practical Sports Nutrition. Human Kinetics, 2007, 530 p.
Burke, L. & V. Deakin. Clinical Sports Nutrition, 3rd edition. McGraw-Hill, 2006, 822 p.
Ledoux, M., Natalie Lacombe et Geneviève St-Martin. Nutrition, sport et performance. Géo Plein Air, 2006, 260 p.
Rosenbloom, C.A. Sports Nutrition : a guide for the professional working with active people. 3rd ed. ADA, 2000, 759 p.
PREVENTION & ADOLESCENCE
EXEMPLE CHOISI (2008) : ABANDON, ADOPTION, AUTRES MONDES / LE MONDE EST AILLEURS
Sexualité à l'adolescence: Butter face
Par Grégoire Viau, rédacteur et scénariste
Source : Défendre les Zéro@18 sur www.meanomadis.com
Québec, 14 décembre 2008
Avoir des enfants, c’est passer des nuits blanches (3 hommes et un couffin), ça coûte cher (Alberto Express) et ça risque brouiller l’écran de télé (Poltergeist). Mais ça finit toujours par payer (« Maman Dion », par Georges Hébert Germain). En mots, notamment.
Je suis père d’une adolescente et ex-bénéficiaire de soins pédiatriques (fracture de la jambe à dix ans). Si je n’avais pas cette fille, « ma fille » de 16 ans en 2008, je ne sortirais pas souvent d’un monde situé entre Don Quichotte (1615) et à la recherche du temps perdu (1927), avec beaucoup de temps perdu en compagnie d’Alexandre Dumas (1802-1870).
Palazzo basse-taille
Heureusement, ma fille me rappelle de temps en temps à la réalité de ce début de troisième millénaire : sans elle, je serais mort de vieillesse sans jamais avoir entendu parler de la chanteuse Feist, de l’acteur Rupert Grint et sans savoir que le palazzo basse-taille commençait a fini par céder au retour des pantalons cigarettes (c’était MON adolescence, ça !)
Nu de femme
Ma fille sort de son cour de dessin (je n’habite pas Saint-Lambert : toute de suite on pense au précepteur de Natasha Rostov, mais ma fille fréquente la polyvalente). Elle devait dessiner un nu d’homme et un nu de femme, à partir d’un dessin (le modèle vivant, c’est pour les livres).
Quand son dessin fut complété, elle le montra à son voisin, un jeune homme qui, comme elle, fréquentait la polyvalente, et qui était donc, comme elle, de basse extraction. Ma fille était satisfaite de son corps de femme (dessiné) : il représentait bien le modèle donné, les épaules avaient la même largeur que les hanches, la tête rentrait bien huit fois dans le corps. Mais le visage était raté : le nez était trop gros, et les yeux, asymétriques, donnaient une expression de méchanceté à toute la personne, un peu comme la Gertrude Stein de Picasso.
Son voisin approuva les jolies proportions du corps et en félicita ma fille. Mais, regardant le visage de plus près, il lui dit : « C’est une but her face »
« Face de beurre ? » demande ma fille, qui ne voyait pas le rapport.
« Non, pas butter face » mais « but her face » : tout est beau, sauf son visage. Everything looks good, but her face ».
Bien qu’ils n’aient pas beaucoup de vocabulaire, les jeunes, comme l’anglais, ont toujours le mot juste.
SOURCE
Viau, G. Butter face, Défendre les zéro @ 18 sur Abandon, Adoption, Autres mondes, www.meanomadis.com, Le monde est ailleurs, Québec, 2008
EXEMPLE: INTERVIEWS PRESSE ÉCRITE & ÉLECTRONIQUE
PREVENTION & ADOPTION
EXEMPLE CHOISI (2004) : LE MALICIEUX / SUISSE
Johanne Lemieux: des outils pour aider les parents adoptants
Par Anne Grange, journaliste
Entrevue avec Johanne Lemieux, travailleuse sociale & Le monde est ailleurs
Extrait de Le Malicieux no 3, Suisse, février 2004
Johanne Lemieux est Canadienne, travailleuse sociale et maman de trois enfants adoptés en Thaïlande, au Cambodge et au Québec, où elle vit. Depuis huit ans, elle a développé à Québec une expertise en postadoption, expertise que l’on s’arrache aujourd’hui dans toute la francophonie.
Ainsi était-elle l’invitée de quelques associations de France et de Belgique en novembre et décembre derniers, pour une série de conférences passionnantes autour de l’enfant adopté et de ses défis d’attachement. Au cours de son voyage en Europe, elle a très gentiment accepté et nous rencontrer et de répondre à quelques questions.
Votre livre écrit avec le Dr. Chicoine et Patricia Germain s’arrête longuement sur les problèmes de santé des enfants adoptés. C’est un peu inquiétant…
Johanne Lemieux : quand dans un livre sur la grosse on lit toues les pathologies qui peuvent être liées à un accouchement, ça fait peur également. Mais dans un cours prénatal, on ne va pas parler aux futurs parents que des accouchements naturels et des mamans qui « ne déchirent pas ». On parle aussi des complications possibles. C’est pareil en adoption. La question de la santé ne doit pas être taboue. Les problèmes existent et il faut sortir de la pensée magique : à quatre ans et demi, un enfant ne croit plus au père Noël! Beaucoup de problèmes peuvent être prévenus : c’est la raison pour laquelle il faut absolument évaluer les enfants qui arrivent. Il s’agit simplement de prendre en charge de façon normale l’accueil d’un enfant qui a des besoins particuliers.
Vous vous intéressez plus particulièrement aux problèmes d’attachement. Quelle est leur fréquence chez les enfants adoptés?
Tous les enfants adoptés arrivent avec des défis d’attachement. Ils ont tous connu eu moins deux ruptures dans leur vie et ils vont devoir apprendre ce que sont un papa, une maman et aussi une maison. Le nier, c’est mettre la tête dans le sable. Mais nos enfants ont aussi des capacités de survie au-delà de la moyenne. Dans 70 % des cas, les problèmes d’attachement disparaissent après la première année d’adoption.
Au Mali, les enfants sont confiés très rapidement à leurs nouveaux parents, parfois quelques heures seulement après la rencontre. Que se passe-t-il dans la tête du bébé qui quitte la pouponnière dans les bras de ses nouveaux parents?
Cette rencontre-là est un choc pour le parent comme pour l’enfant. Il y a énormément de stress. Le parent de son côté est dans l’euphorie d’un moment rêvé. Mais le bébé n’a aucune idée de ce qui lui arrive, c’est un choc incompréhensible. Qui sont ces gens? Pourquoi ils sont là? Vont-ils s’occuper de moi? Qui va me nourrir? L’enfant vit un état de danger au plus profond de son corps. Il part vers un univers kinesthésique totalement inconnu de lui : de ne sont plus les mêmes sons, etc. Ses yeux sont en état d’hyper vigilance. Mais il peut aussi arriver au contraire que le bébé se réfugie dans l’hypersomnie.
Comment faire pour rassurer notre enfant à ce moment-là?
Il y a un moyen d’atténuer ce choc si les parents en sont conscients. Je travaille beaucoup à changer l’interprétation que l’on se fait de ce moment de la rencontre. A ce moment-là, « ma job » de parent, c’est d’apprivoiser un petit animal effrayé. Ce n’est pas de lui demander de m’aimer tout de suite! Le premier travail va consister à lui prouver qu’il n’est pas en danger. Il faut dire à son enfant que l’on comprend son état de choc et le rassurer en lui disant et en lui montrant qu’il sera en sécurité avec nous. Cette rupture nécessaire sans doute la plus belle qui puisse lui arriver, mais ce n’est pas facile.
Les troubles de l’attachement sont-ils moins fréquents quand les enfants sont adoptés très jeunes?
Il y a de meilleures chances avec des enfants adoptés petits, mais ce n’est pas une garantie. J’ai vu des enfants adoptés à l’âge de 4 ou 5 ans s’attacher profondément à leurs nouveaux parents et des bébés accueillis à un mois rencontré de très grandes difficultés. Certains enfants sont plus résilients que d’autres, certains ont eu la chance de rencontrer une nounou qui les a beaucoup investis et grâce à cela ils vont pouvoir faire confiance à nouveau. L’attachement, ce n’est pas de l’amour, c’est de la confiance. Si votre mari vous trompe trois fois, il se peut que vous l’aimiez toujours, mais que vous ne lui faites plus confiance!
Au quotidien, comment peut-on aider nos enfants à prendre ou à reprendre confiance?
Ce qui est important, c’est de répondre de façon rapide, chaleureuse, prévisible et cohérente aux appels de détresse de nos enfants, surtout lorsqu’ils sont encore bébés. Quand l’enfant crie parce qu’il a faim ou qu’il a envie d’être pris dans les bras et qu’il reçoit une réponse rapide, chaleureuse et prévisible, il se dit qu’il vaut quelque chose, qu’il est important et que l’univers n’est pas dangereux. Il développe sa confiance envers le monde extérieur.
La pouponnière qui recueille nos enfants à Bamako manque parfois de moyens, mais nos enfants y grandissent dans un environnement très affectueux. C’est important?
Oh oui! S’il fallait faire une comparaison, je dirais que je préfère vraiment un enfant qui aura peut-être manqué un peu de nourriture, mais qui n’aura pas été négligé émotivement. Le fait d’être porté et d’être bougé est excellent pour le développement affectif de l’enfant.
Quels sont les signes qui doivent nous inquiéter chez nos enfants?
Il y a plusieurs choses qui peuvent mettre les parents en alerte. Le contact visuel est extrêmement important. Il y a des parents qui me disent au sujet de leur enfant « il n’aime pas regarder dans les yeux, je respect ça ». Moi je dis non! Il faut l’obliger à regarder dans les yeux. La façon dont un bébé se laisse ou ne se laisse pas prendre dans les bras nous apprend beaucoup de choses. Un enfant qui montre de l’ambivalence dans la façon de s’abandonner, qui conserve toujours une certaine raideur et n’arrive pas à se détendre, c’est mauvais signe. Mais le contraire, c’est-à-dire des petits velcros qui s’accrochent de façon maladive, n’est pas bon non plus. Un enfant qui n’entre pas facilement dans une routine et pour qui tout est imprévisible ne fait pas encore confiance à son nouveau parent. Il sursaute facilement, il est en état d’hyper vigilance. Un enfant qui se console seul, qui veut boire seul, s’endormir seul et ne pleure pas, c’est mauvais signe. Être trop sociable, aller dans les bras de n’importe qui, aussi. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter dès les premières semaines ni au cours des six premiers mois. C’est si les choses ne changent pas au bout de ce temps-là qu’il faut commencer à chercher de l’aide.
À l’inverse, quels sont les signes qui peuvent nous rassurer?
Un enfant qui va bien est un enfant qui recherche le contact visuel, qui sait lâcher prise et se laisser bercer et que l’on peut consoler facilement. Il hurle parce qu’il a faim, mais il se calme quand il voit sa mère arriver. Son humeur est stable, il est joyeux, aime jouer et ses émotions ne l’envahissent pas toujours.
Quels conseils donnez-vous aux parents qui vont accueillir un enfant?
Je compare les premiers six mois à une période d’allaitement symbolique. Ces premiers mois en famille doivent être d’une grande routine et d’une grande stabilité. Il faut créer autour de l’enfant un monde prévisible. Il est beaucoup plus facile de prévenir les problèmes que de les réparer ensuite. L’adoption prend tout son sens au moment de l’arrivée de l’enfant. Il n’y a là une fenêtre d’opportunité pour la famille qui ne se présentera plus jamais. C’est pour cela que je dis aux parents qui viennent me voir de choisir entre 6 mois de parenthèse et 6 ans de thérapie.
Pas facile pour une maman célibataire de mettre sa vie professionnelle entre parenthèses pendant presque une année comme vous le préconisez…
Je sais! Et d’ailleurs, les mamans qui mettent leur enfant en crèche ne sont pas de mauvaises mères. Mais les gens n’ont vraiment pas assez de congés et cela me fait frémir. Dix semaines, c’est bien trop peu, il faudrait six mois au minimum! Alors, je ne sais pas moi… Demandez votre héritage, vendez votre voiture, faites une brocante, groupez tous vos congés, faites ce que vous voulez, mais arrêtez-vous autant que possible à l’arrivée de votre enfant.
Que peut-on dire à son enfant quand on ne sait rien de son histoire?
Toutes les questions n’ont pas de réponse. C’est d’abord aux parents de faire le deuil de ces réponses pour pouvoir aider leur enfant à faire son propre deuil. On peut imaginer des choses et faire des hypothèses à partir de ce que l’on sait sur les raisons de l’abandon dans le pays d’origine. Mais il ne faut rien inventer. Un enfant qui a été trouvé dans une poubelle le sait au plus profond de lui. On peut dire à son enfant qu’il n’est pas le seul à ne pas savoir. Cela n’enlèvera pas la peine. Il faut apprendre à vivre avec ce morceau de puzzle qui manque. En tant que parent, on voudrait combler cette pièce manquante, on aimerait que nos enfants ne souffrent jamais. Mais il vaut mieux les aider à vivre avec cette absence là et à l’occasion, leur dire qu’ils ont raison d’être en colère et d’avoir peur. La « boîte à racines» ( voir encadré) est un outil important. Même si on n’a pas toutes les infos, on en a quelques une que l’on doit rendre disponibles pour l’enfant.
Quel regard portez-vous sur l’adoption en France?
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai un peu l’impression que l’on « pathologise» l’adoption en France. Il y a toujours un jugement qui pèse sur les parents adoptants : comme si ce désir d’enfant là était suspect. C’est quelque chose que j’observe chez les Français en général mais aussi chez ceux-là même qui sont chargés d’accompagner les parents. Par exemple, on dit souvent es adoptant qu’ils feraient n’importe quoi pour avoir un enfant, qu’ils seraient capable d’acheter un bébé, etc. Un autre exemple : le parent d’enfant adopté qui vient demander conseil n’est pas toujours bien reçu. On lui dit qu’il panique pour rien, qu’il consulte trop vite. Or le parent sent bien si son enfant a un souci. Ou alors le psy trouve la maman anxieuse. Il se dit qu’elle est bizarre. Mais si ça fait six mois qu’elle ne dort pas, évidemment qu’elle a l’air anxieuse et fatiguée! Au Québec, il n’y a pas ce regard qui pèse sur les parents.
Peut-on être de bons parents pour nos enfants adoptés?
Absolument! Mais il est important d’être bien outillé. Quand ils reçoivent une formation, 95 % des parents font plutôt les bonnes choses! Alors que quand on ne sait pas, on fait forcément des erreurs.
SOURCE
Grange, A. Johanne Lemieux : des outils pour aider les parents adoptants, Le Malicieux, numéro 3, p 5-7, Suisse, février 2004
PREVENTION & GARDERIES
EXTRAIT CHOISI (2006) : MAMAN POUR LA VIE QC, CAN
Le bébé et l’eau du bain: entrevue avec Jean-François Chicoine
Par Mamanpourla vie.com
Source : Extrait du site WEB Mamanpourla vie.com
Québec, 2006
En 2006, lors de la sortie de Le bébé et l’eau du bain, le magazine Web Mamanpourla vie.com interviewait Jean-François Chicoine et Nathalie Collard, à commencer par cette première question pour Jean-François Chicoine : Quel est le message le plus important pour vous?
Le message le plus important pour moi est que le parent est la personne la plus importante pour son enfant et qu’il est autorisé à parler pour son enfant et qu’il devrait être autorisé à prendre du temps avec son enfant. Il devrait être un pivot central dans nos sociétés, pour les employeurs (avoir du temps protégé pour les enfants), pour le réseau de santé (cours post-partum intelligents, disponibilité des services et des évaluations) et pour l’État pour éventuellement subvenir aux besoins de ce qu’il est.
Le parent est un peu dépossédé de ses décisions, il est vu d’en haut, il est culpabilisé et les femmes sont bonnes là-dedans parce qu’elles ont plus d’instinct et un sens de la responsabilité qui s’est ancré en elles dans les premiers de la vie de leur enfant. Comme elles prennent tout sur leurs épaules et qu’elles ne savent plus nécessairement à qui le confier – avec raison je dirais parce qu’elles veulent le protéger —, et un moment donné elles finissent par craquer ou par vivre la vie qu’elles n’auraient pas nécessairement souhaité vivre, qu’elles veuillent retourner sur le marché du travail ou rester à la maison.
Premièrement pour des raisons biologiques. L’enfant a une structure particulière à développer dans son cerveau et il est, comme un papier buvard, extrêmement sensible aux environnements. Si la maman ne peut pas garder son bébé au-delà de ses 8 premiers mois – il est primordial que ce soit la maman assistée du papa qui s’occupe du bébé durant cette période -, il faut absolution que la personne choisie soit un équivalent à la mère. Il faut que cette personne puisse fournir, aux niveaux sensoriel, moteur et émotif, assez de stimulations et de sécurité à l’enfant pour que ses neurones, ses axones puissent bien se développer, pour qu’il puisse avoir l’équipement nécessaire pour ensuite réaliser sa vie. Ces phases sont importantes au départ pour que la maman s’attache à l,enfant et que tranquillement, l’enfant s’attache à des individus : ses parents ou une gardienne qui est proche de lui ou une éducatrice en CPE, mais pas avec le roulement auquel on s’est habitué, pas avec le nombre d’heures auquel on doit composer ni avec la rigidité avec laquelle on a mis sur pied notre système de services de garde.
Vous faites référence à l’obligation du temps plein, 5 jours avec un minimum d’heures chaque jour?
C’est quelque chose qui m’a énormément choqué et que j’ai trouvé inacceptable. En fait, c’est ça qui m’a donné le souffle pour écrire le livre. Je me suis dit, si on en est rendu, comme État, à vouloir contrôler ce qu’une maman veut faire avec son enfant… Je me suis dit, ça ne marche pas là, il faut qu’il se passe quelque chose!
Quel est le danger qui guette l’enfant?
En fait, la plupart des enfants, même si tout est fait de travers, vont quand même bien s’en sortir parce que le plus important au bout du compte, c’est le couple parental. Une heure ou deux ou trois le soir et le weekend vont imprimer son style affectif à l’enfant et lui donner une base de sécurité importante. Par ailleurs, si l’enfant – et ça, c’est très clair -, surtout à partir de l’âge de 9 mois, voit trop de figures d’attachement cet enfant-là va se dire « je suis un très bon bébé, je suis un moyen bébé ou je suis un bébé qui n’e vaut pas la peine… », et à partir du moment où il se dit ça, il confie de moins en moins sa survie à l’adulte qui s’occupe de lui et il essaie lui-même de s’occuper de ses affaires.
Gérer ce stress-là peut atteindre les cellules cérébrales et ça atteint aussi la manière dont l’enfant se comporte avec l’adulte. Ou il devient très anxieux, il crie, on est souvent obligé de le changer de lait, il a des troubles du sommeil, il fait des crises au centre d’achats, ou ça fait un bébé qui est jours sous les jupes de sa mère et qui a de la difficulté à s’en séparer, qui est indisciplinable, ou encore un enfant qui est plus violent, plus agressif, plus enragé et qui n’écoutera pas plus son professeur qu’il écoutait son parent parce que justement il ne fait pas confiance. Il va éventuellement avoir un problème de confiance en lui, d’estime de soi, d’estime des autres…
Ce n’est pas tous les enfants; 10, 20, 30 %, on ne sait pas. La seule chose qu’on sait maintenant – et c’est un des messages importants du livre – c’est qu’il y a une continuité dans les modèles affectifs avant 18 mois, dans la petite enfance, dans l’enfance et à l’adolescence pour toute la vie. Ce qu’on est avant l’âge de trois ans est quelques chose qu’on peut retrouver à 30 ou 40 ans! Le cerveau se développe à 95 % jusqu’à l’âge de 3 ans.
Qu’est-ce qu’on fait si l’enfant est déjà dans le système ou a fréquenté très jeune la garderie?
Qu’est-ce qu’on doit décoder?
L’enfant qui ne va pas bien est peut-être l’enfant qui ne fait pas confiance. Par exemple, un enfant qui est turbulent à l’école, qui écoute mal son professeur, peut être facilement diagnostiqué comme un enfant hyperactif, alors que ça en est pas nécessairement un. C’est peut-être un enfant anxieux, qui s’ennuie. L’enfant qui s’est habitué à survivre tout seul est un enfant qui n’exprimera pas nécessairement sa détresse et son désarroi, il va le garder pour lui et ça va le faire bouger beaucoup, être attentif, faire le stupide. Cet enfant ne veut pas déplaire, il est bon pour son parent, il a peur du rejet. Je dirais qu’il y a beaucoup d’anxiété qu’on doit dépister. Il ne s’agit pas d’intervenir toujours chimiquement ou médicalement, il s’agit de reprendre du temps avec l’enfant. On ne peut pas récupérer tout le temps perdu, sauf qu’on peut arriver à panser des blessures. Je dis souvent aux parents, vous ne pouvez pas régler 100 % du problème, mais vous pouvez en régler 95 %. On a une obligation de moyens et non une obligation de résultat. Et les moyens, ils peuvent les prendre en allant au gymnase le soir avec l’enfant, en prévoyant une heure de jeu avec lui quand on le retrouve au bout d’une journée avec de lui demande de faire ses devoirs ou de manger, en fermant la télévision, en mangeant le plus souvent possible avec lui, c’est-à-dire rétablir les petites brisures dans les liens de confiance. Tranquillement, l’enfant va se retrouver confortable avec son parent, va retrouver cette confiance qu’il a en lui.
C’est difficile à dépister parce que l’enfant aime son parent, mais n’est pas capable de lui dire qu’il ne lui fait pas totalement confiance.
Pour moi, la personne qui est capable de résoudre le problème, ce n’est pas le pédiatre, ce n’est pas le psychologue, ce n’est pas la molécule chimique, c’est le parent qui de par ses attitudes est la meilleure personne pour amener l’enfant vers quelque chose d’autre.
Est-ce qu’un enfant à qui on démontre de l’affection, à qui on donne du temps, qu’on écoute peut être rescapé même s’il fréquente la garderie?
Si l’enfant, après l’âge de 7-8 mois, trouve auprès d’une bonne éducatrice de l’affection, de l’encadrement et de la stimulation, qu’il voit son parent plus qu’une heure le soir et qu’il n’a pas eu de problème particulier (prématurité, maladies, etc.), cet enfant-là ne subira pas de conséquences, tout comme la majorité des enfants.
Et vous savez, il y a une grosse différence entre 6 heures et douze heures par jour, à la fin de la semaine! Ce qui est important de réaliser, c’est quel a pensée symbolique, c’est-à-dire la capacité d’imaginer son parent quand il n’est plus là, arrive seulement à 18 mois. Un enfant de 14 mois par exemple, dont le parent est parti, au bout de 15 minutes, est incapable de penser à lui! Il peut retrouver les gestes d’affect à travers une autre personne et il n’en souffrira pas. Sauf que s’il n’a pas une bonne éducatrice ou si on change trop souvent d’éducatrices dans la journée et dans la semaine, cet enfant-là se rebiffe et peut développer les symptômes dont on parlait plus tôt. C’est normal pour un enfant de mal réagir à une éducatrice qu’il ne connaît pas pendant des semaines. Ça peut prendre un mois ou deux avant qu’un enfant se retrouve en situation de confort.
Il ne s’agit pas d’être pour ou contre les garderies. Il faut simplement réaliser qu’il faut au départ être pour son enfant et que si on le confie à quelqu’un, il faut que cette personne-là puisse faire une équivalence maternelle fort importante.
Vous dites même qu’un enfant qui n’est pas adapté à sa garderie après un mois est un enfant normal…
Tout à fait. Entre l’ajustement et l’attachement, il y a un monde. C’est tout à fait normal pour un enfant de moins de 18 mois, dans le mois, 2 mois et même 3 mois qu’il vient d’être mis à la garderie, de faire des crises et d’essayer de voir si les gens l’aiment. Et à ces crises, l faut répondre avec énormément d’encadrement et de contenance, avant de pouvoir le discipliner. On ne peut pas discipliner un enfant qui ne nous fait pas confiance. L’enfant qui ne veut pas déranger est l’enfant qui s’ajuste, s’adapte et se dit en lui-même, « je ne peux pas confier ma détresse à cette éducatrice, je vais donc me taire, fermer ma gueule, ne pas faire de crise », et cet enfant-là gère lui-même son stress. L’enfant de moins de 18 mois qui ne pleure pas quand on l’emmène à la garderie, pour moi le pédiatre, c’est l’enfant qui m’inquiète. Si l’enfant crie, il est en train de vous demander « est-ce que tu m’aimes? ». Si l’enfant ferme sa boîte, c’est qu’il se dit « vous ne m’aimez pas et je vais garder ça pour moi ». Sa conclusion est tirée.
Un exemple facile, c’est l’enfant qui tient prématurément, rapidement son biberon. Les gens voient ça comme une bonne nouvelle « c’est l’fun, il tient son biberon! ». Non! Un enfant de 12-13 mois qui vient de perdre sa maman qui est partie depuis 15 minutes se dit « Coudonc, elle est partie, je vais m’occuper de moi tout seul ».Il faut au contraire, l’assister pour lui dire « oui tu peux le prendre tout seul ton biberon, mais je suis là pour t’aider parce que tu es trop petit.
Vous savez que 6 des 10 médicaments les plus prescrits au Québec pour la petite enfance sont des médicaments pour l’humeur ou le comportement? Il y a un lien direct avec le stress des enfants qui vient d’abord du milieu familial et des différents milieux de vie, dont la garderie – la garderie ne donne pas tous les problèmes, je dis bien DONT la garderie – et pourquoi la garderie? C’est beaucoup une question de temps passé à l’extérieur du cercle familial. C’est pourquoi le temps de qualité et le temps en quantité sont des arguments fort importants à mettre de l’avant.
Vous avez de l’espoir pour l’avenir?
Je suis un gars extrêmement positif, qui respire le bonheur et qui dans l’adversité et le chaos comme dans la lumière et l’arc-en-ciel va rester le même, c’est-à-dire debout! Tant que je vais civilement faire quelque chose pour les enfants, je vais rester debout. Si ce que je viens de faire avec Nathalie Collard peut aider d’une certaine façon à respecter les valeurs de la société et que ces valeurs puissent être centrées autour de l’enfance et de la famille, j’aurai peut-être fait quelque chose. Mon travail c’est d’être pédiatre et d’encaisser pour les enfants, de parler pour eux. C’est aussi le travail des parents et d’une société qui veut faire le meilleur. Donc, pour moi, ce qui est important c’est de faire l’action – je vous le disais tantôt, on a une obligation de moyens, pas nécessairement de résultats.
J’ai fait beaucoup de choses dans le passé, mais ce livre-là est la chose la plus importante, en tout cas la plus sentie et la plus vécue, que j’ai faite pour les enfants du Québec. C’est le meilleur de moi-même en tout cas.
SOURCE
Mamanpourla vie.com Le bébé et l’eau du bain : interview avec Jean-François Chicoine, Mamanpourla vie.com, Québec, 2006
PREVENTION & ATTACHEMENT
EXTRAIT CHOISI (2004) : LA PRESSE, QC, CAN
Troubles de l'attachement: comment sortir du silence
Par Silvia Galipeau, journaliste
Source : extrait de La Presse / d’après une interview réalisée avec le Dr Jean-François Chicoine
Québec, le 5 septembre 2004
Un groupe d'entraide pour parents aux prises avec des enfants souffrant de troubles de l'attachement est né cet été. L'objectif? Sortir enfin ce mal du silence. Pétales Québec (pour Parents d'enfants présentant des troubles de l'attachement, Ligue d'entraide et de soutien), une division de l'association flamande Wat Nu, née dans les années 90, laquelle a des ramifications en France et en Belgique francophone, est une toute nouvelle ligue de soutien, comptant à ce jour une dizaine de membres dans la province.
« Nous voulons faire reconnaître l'existence, chez certains enfants, des troubles de l'attachement, lesquels peuvent être diagnostiqués. On espère pouvoir ainsi mettre sur pied des services pour les familles », explique en entrevue Danielle Marchand, présidente du conseil d'administration provisoire du groupe.
Déjà soumis aux regards curieux des voisins, aux jugements parfois hâtifs de leurs propres familles, il n'a pas été facile pour le groupe de s'afficher ainsi en public. « On cherche des gens qui vivent les mêmes choses que nous. Parce qu'on se sent tous jugés », indique Pierre Bleau, son conjoint. « Quand tu t'aperçois que tu es devant un enfant que tu ne peux pas aimer, c'est toi que tu blâmes. Et tu te remets en question face au monde. L'amour ne suffit pas, reprend Danielle Marchand. C'est difficile d'amener ça sur la place publique. On n'a pas le goût, encore une fois, de se faire jeter la pierre.»
Personne n’en parle
Pourquoi cette méconnaissance d'un trouble qui touche tout de même quelque 5% des enfants, selon les évaluations? « C'est un sujet dont personne ne parle, un sujet tabou», reconnaît le pédiatre Jean-François Chicoine, spécialisé en santé internationale et auteur d'un livre sur l'adoption, L'enfant adopté dans le monde.
La théorie de l'attachement, élaborée dans les années 50 par le psychiatre John Bowlby, est mieux connue chez les Anglo-Saxons. Elle a été davantage appliquée aux États-Unis. Résultat? Ici, « c'est sous diagnostiqué, croit le pédiatre. On ne m'a pas enseigné ça dans mon école de pédiatrie. On a appris à soigner les enfants, pas les parents!»
D'où la réticence, chez certains spécialistes, à mettre l'étiquette « trouble de l'attachement» sur certains enfants.
Or, on sait aujourd'hui que tout ce qui peut perturber un enfant durant la grossesse, la naissance, et après, peut avoir des conséquences fondamentales.
De la sécurité affective à l’insécurité
Dans la majorité des cas (chez 65 % des enfants), l'attachement est sain. Chez les autres, l'attachement est qualifié d'anxieux. Pour la majorité de ceux-ci, la difficulté n'a rien de pathologique. Mais chez 5 % des enfants, elle l'est. C'est alors que l'on parle véritablement de « troubles ».
Chez les enfants adoptés (tout particulièrement en provenance de l'étranger), 100 % des enfants ont un mode relationnel dit en « difficulté », signale le pédiatre. Mais avec les parents et grâce à diverses techniques comportementales, il est possible de travailler la relation : on insiste sur l'importance de toucher les enfants, de toujours les regarder dans les yeux, on bannit les poussettes et on ne favorise que les porte-bébés ventraux (qui permettent aux regards de se croiser), on donne des massages quotidiens, etc. Bref, on (re)construit un lien d'attachement.
Mais plus les enfants sont âgés (un enfant adopté à 2 ans est déjà considéré comme « vieux »), plus il a de chances de souffrir, déjà, de véritables « troubles ». Et c'est alors que la thérapie est plus délicate, voire impraticable.
La vie de famille n'est pas pour ces enfants, croit d'ailleurs Jean-François Chicoine. «Les gens ont toujours l'impression que l'amour va tout changer, mais il y a des enfants qui vont mieux évoluer hors d'une famille. Ces enfants ont trop souffert, ils ont été trop longtemps en institution pour profiter des liens d'une famille », dit-il. Si le trouble de l'attachement est tabou, le trouble de l'attachement chez les enfants adoptés l'est probablement doublement. Car les échecs en adoption internationale (évalués entre 0 et 5 %) sont majoritairement attribuables à des troubles de l'attachement, croit le pédiatre. « C'est épouvantable à admettre pour une société. Car non seulement l'enfant a été abandonné par sa propre société, mais en plus, il est abandonné par sa société d'accueil! »
SOURCE
Galipeau, S. Troubles de l’attachement : comment sortir du silence, La Presse, Québec, le 5 septembre 2004
