La critique

LE DEVOIR

Essais québécois-En manque de nature

Par Louis Corneillier, journaliste

 

COALITION QUÉBECOISE SUR LA PROBLÉMATIQUE DU POIDS

Perdus dans la Télé! Perdus dans la ville !

Par Suzie Pellerin, directrice de la colaition

 

LIVRE: Perdus sans la nature

 




Les enfants ne jouent plus dehors. L'urbanisation, la multiplication des écrans, le tout-à-l'auto et l'obsession de la sécurité ont transformé nos jeunes «en illettrés des éléments de la nature». Aller jouer dehors, aujourd'hui, est devenu une pénitence.

 

 

LE DEVOIR

Essais québécois-En manque de nature

Par Louis Corneillier, journaliste

Le devoir, Québec, 4 septembre 2010

 

Les enfants ne jouent plus dehors. L'urbanisation, la multiplication des écrans, le tout-à-l'auto et l'obsession de la sécurité ont transformé nos jeunes «en illettrés des éléments de la nature». Aller jouer dehors, aujourd'hui, est devenu une pénitence. Or, de nombreuses études le démontrent, «la disparition progressive de la nature dans la vie de nos enfants aurait un impact majeur sur leur santé, mentale et physique, d'ailleurs jugée de plus en plus préoccupante». Ce manque de nature rendrait donc malade (obésité, déficit de l'attention, haute pression, diabète, asthme) et priverait ceux qui en souffrent d'une expérience humaine essentielle. Telle est la thèse solidement développée par François Cardinal, éditorialiste à La Presse et journaliste spécialisé en environnement, dans Perdus sans la nature. Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier.

 

Appuyée sur de nombreuses études récentes et sur des entrevues avec une foule d'experts en la matière, la démonstration de Cardinal est convaincante. Pour bien la comprendre, il faut, écrit-il, «dé-granoliser» le mot «nature», «le prendre dans son sens le plus large: l'extérieur et le dehors, le plein air et la cour arrière, la ruelle et l'espace vert». Cardinal, par exemple, précise qu'«un enfant peut retirer des bénéfices en jouant à la marelle sur le trottoir, en apprenant les différentes espèces d'arbres ou en se "perdant" dans un boisé à proximité».

 

Plaidoyer en faveur du jeu libre pratiqué à l'extérieur, qui aiderait au développement de l'autonomie des enfants et entraînerait une plus grande dépense d'énergie que les activités organisées, l'ouvrage de Cardinal critique l'attitude des parents hyperperformants qui surorganisent la vie de leurs enfants et pensent que le temps libre est du temps perdu. Le journaliste cite même une étude qui arrive à la surprenante conclusion que, «à l'adolescence, les lecteurs précoces [4 ans] lisaient beaucoup moins que les autres [6 ou 7 ans]». Il critique aussi l'obsession de la sécurité qui amène les parents à ne plus laisser leurs enfants aller au parc ou marcher pour se rendre à l'école, par crainte, notamment, d'un enlèvement. Or, précise-t-il, selon les statistiques de l'année 2008, contrairement à ce qu'on pourrait croire, «la probabilité que votre enfant soit victime d'un agresseur est donc à peu près de 0,00003 %».

 

Le paradoxe vert

Les jeunes d'aujourd'hui, déclare Anne Charpentier, directrice de l'Insectarium de Montréal, ont «certes un intérêt pour l'environnement, mais pas pour la nature». Ils savent qu'ils doivent recycler pour protéger une nature dont ils ne savent rien. Charpentier parle du «paradoxe vert», en précisant que «les enfants qui sont déconnectés de la nature ne verront pas la nécessité de la protéger ni de devenir des citoyens avertis qui feront les bons choix plus tard».

 

Peut-on renverser la tendance? Il faut essayer, lance Cardinal, en proposant quelques idées pour ce faire: favoriser le transport actif pour se rendre à l'école, revoir l'aménagement des cours d'école, des villes et des parcs dans le but de stimuler les activités extérieures, convaincre les enseignants des bienfaits d'aller dehors, redécouvrir les vertus du bon voisinage pour partager le souci de la sécurité des enfants, lâcher un peu la main de ses enfants pour les laisser jouer dehors librement, donner l'exemple en y allant soi-même et militer dans les instances appropriées pour permettre à ces idées de se concrétiser.

 

Enfin, dernière suggestion mais pas la moins originale: changer de discours, afin de «susciter l'intérêt des plus jeunes pour la nature, la leur faire connaître, la leur faire aimer avant de les accabler avec les changements climatiques, la hausse possible des niveaux des mers, la fonte des glaciers et la multiplication des canicules».


Pour leur permettre de découvrir que la nature n'est pas qu'une abstraction qui menace les inconscients que nous sommes, mais aussi, et surtout, la beauté foisonnante qui nous attend dehors.

 

COALITION QUÉBECOISE SUR LA PROBLÉMATIQUE DU POIDS

Perdus dans la Télé! Perdus dans la ville !

Par Suzie Pellerin, directrice de la coalition

Lettre ouverte à la Presse, Québec, 2 septembre 2010

 

Les constats exposés par François Cardinal dans son éditorial nous présentent un avenir inquiétant. En effet, dans nos sociétés actuelles, la place laissée aux jeunes pour bouger librement et en toute sécurité diminue à vue d’œil. Pas étonnant donc que 90 % des enfants québécois ne font pas assez d’activité physique .

 

La place qu’occupe la télévision dans nos foyers ne cesse effectivement de croître. D’une heure de télévision consacrée aux enfants par jour dans les années 1970, nous avons maintenant accès à de multiples chaînes 24/24 destinées à des publics très ciblés : bébés, jeunes, ados, etc. Ceci ne peut avoir pour conséquence que d’augmenter le temps passé devant l’écran.

 

On estime maintenant que les adolescents montréalais passent maintenant plus de 30 heures par semaine devant un écran . Or, on sait que les jeunes qui passent plus de 2 heures par jour devant la télévision ont deux fois plus de chance d’avoir un surplus de poids ou d’être obèses que ceux qui passent une heure devant la télévision .

 

Le manque d’activité physique n’est pas le seul effet du petit écran. La promotion agressive de produits de toutes sortes, notamment pour des aliments trop gras, trop sucrés et trop salés, y prend des formes toujours plus subtiles : publicités, placement de produit, association entre les personnages et de grandes chaînes de restauration rapide, etc. Peut-on nier que ceci influence les habitudes de vie et la consommation des jeunes et de leur famille?

 

Redonnons à nos enfants leurs terrains de jeu

Si les parents ont un rôle à jouer pour inciter leurs enfants à bouger plus, la question soulevée par François Cardinal est d’autant plus pertinente : où? Comme il le montre bien, nos milieux de vie sont aujourd’hui moins accueillants pour les enfants. Redonnons à nos enfants leurs terrains de jeu : plus de parcs et d’espaces verts, des pistes cyclables sécuritaires, etc. Il est toutefois encourageant de constater que plusieurs projets sont en branle et que plusieurs municipalités, dont celles qui sont partenaires de la Coalition Poids, ont reconnu leur rôle et prennent action pour aménager leur territoire de manière à favoriser le vélo et la marche sécuritaire.

 

Nous devons offrir à nos enfants un environnement adéquat pour leur développement et ceci passe par la mise en place de milieux de vie offrant la possibilité de bouger toujours plus librement.

 


FICHE TECHNIQUE "PERDUS SANS LA NATURE"

 

PERDUS SANS LA NATURE : POURQUOI LES JEUNES NE JOUENT PLUS DEHORS ET COMMENT Y REMÉDIER — Francois Cardianal (auteur), Jean-François Chicoine, pédiatre (Préface) — Rémi Baril (Direction de projet pour : Le monde est ailleurs)  — Anne-Marie Villeneuve (Direction de projet pour : Éditions Québec Amérique), Rémi Baril & Le monde est ailleurs (photos), Jean-François Chicoine (Directeur de la collection) — Collection "La santé du monde"— Éditions Québec Amérique, Montréal, Québec, Canada (Édition) 2010, ISBN : 978-2-7644-0775 - 203pages



 

 

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